Il manque une case départ

mercredi, décembre 01, 2004

les 4 ordres d'André

J'ai lu dans "Le capitalisme est-il moral ?" un moyen simple et élégant pour réfléchir à une question.

On peut considérer quatre points de vue, ou quatre "ordres" :

  1. scientifique : est-ce vrai ou faux ?
  2. politique : est-ce légal ou non ?
  3. moral : est-ce bien ou mal ?
  4. spirituel : j'aime ou pas ?

Pour ma part, je trouve ce classement assez pratique pour les questions de la vie courante.


Travaux pratiques : je suis dans ma voiture tout seul sur l'autoroute, à 160 km/h.
Forcément, je suis victime de la dernière trouvaille des pandores en matière de sécurité routière, celle à double visée bi-focale infra-rouge à télémètre laser hyperbar que ça ne veut rien dire.

Bref, je me fais choper au radar.

Mais qu'est-ce qui m'a pris de rouler si vite ? Réponse : Application des 4 points de vue.

  1. scientifique : techniquement, ma voiture peut aller à 160.
  2. politique : la loi interdit de dépasser 130.
  3. moral : il ne faut pas rouler vite, c'est dangereux pour les autres.
  4. spirituel : j'aime la vitesse. J'aime les grosses bagnoles puissantes qui exacerbent ma virilité sans cesse contestée par ma femme, d'ailleurs tout est de sa faute, je vais dire que c'est elle qui conduisait.

Conclusion 1 : au final, l'amour prend (souvent) le dessus.

Conclusion 2 : deux solutions peuvent être envisagées pour efficacement limiter la vitesse :

  • ordre 1 (scientifique) : brider les voitures (ou enlever les roues, ou organiser la
    pénurie d'essence, je vous laisse voir)
  • ordre 4 (spirituel) : j'aime la vitesse, mais j'aime moins perdre de l'argent (surtout si
    j'en ai peu).

Voila, ça permet de se fixer les idées.

Dans le bouquin, l'auteur (A. Comte-Sponville) illustre les conséquences d'un déséquilibre entre ces 4 ordres, en particulier du danger de forcer la domination d'un ordre sur les trois autres.

mardi, novembre 30, 2004

modèle économique de restaurant

Sur le juste modèle économique, j'hésite encore.

J'imagine deux amis qui vont au restaurant : un riche et un pauvre. Le riche prend un menu de riche (donc cher, avec du pif), et le pauvre prend un plat (avec une carafe mal lavée).Plusieurs méthodes pour régler l'addition (mais si, si, rappelez-vous ce moment) :

1. "On divise ?"Parfois nommée "je nique ceux qu'ont rien bouffé" , ou encore "j'aurais du prendre le menu à 40 euros".Sans aucun doute la méthode la plus simple : on divise l'addition par le nombre de participants. Forcément, le riche est gagnant, le pauvre l'a dans le ___ , c'est peut-être pour ça qu'il est pauvre d'ailleurs.

2. "Chacun pour soi" ?A privilégier lorsque la nappe est en papier, avec un large espace encore disponible pour l'arithmétique. Il faut répartir chaque ligne de l'addition. Le ton monte lorsqu'il faut ventiler le tarif de la bouteille de pinard au prorata du nombre de verres bus corrigé du poids du dégustateur au prorata inverse de son age.

3. "Le vin et les cafés, c'est pour moi"Plus subtil, on répartit l'addition selon les revenus : si le riche est deux fois plus riche que le pauvre, il paye les deux tiers de l'addition totale. Cette fois, le pauvre est (parfois) gagnant. Au prix, il est vrai :

- de l'humiliation dispensée par le flambeur qui lui fait bien prendre conscience de sa supériorité sociale (dans ce cas, le pauvre peut vouloir insister sur un règlement par la méthode No 1, totem de sa fierté) ou

- d'une amère arriére pensée du riche fondée sur l'idée directrice d'un salaud de pauvre qui profite honteusement de la force créatrice de PIB des adhérents du medef. En même temps, il n'était pas obligé non plus (sauf si c'est la loi).

4. "Je t'invite"Le riche paye tout, de bonne volonté. Soit par générosité, soit par l'expression phallique d'un portefeuille obèse qui compense un certain problème ego.

5. "Je te nique"Le riche s'entend avec le patron du restau pour surfacturer le repas du pauvre qui s'acquitte sans mot dire de sa dette artificiellement gonflée (le foie gras était en plastique).Par la suite, le patron reverse une rétro-commision au riche qui a réussi à faire cracher le pauvre. Arrêtez le délire, non mais ce genre de truc ça n'arrive jamais, nous sommes dans un état de droit avec Colombo et l'inspecteur gadget qui veillent.

CONCLUSION :Il y a peut-être d'autres façons de faire. Mais vu d'ici, il n'y a que deux solutions présentables et dénuées de toutes arrières pensées : la reponsabilité individuelle ("je paye ce que je dois"), ou la générosité collective ("j'ai assez pour être bien, prenez le reste si besoin").
Sauf si le patron du restau invite tout le monde.

Ou si personne ne va au restaurant.

[...] <- on peut en trouver mille autres.